3 loups abattus ensembles dans le Var: le quota est depassé

Deux loups mâles et une jeune femelle ont été abattus ce mercredi matin à Aiguines, sur le plateau de Canjuers,  lors d’une « battue au grand gibier ».

Segole-tableau-de-chasseSelon Var Matin, « les chasseurs étaient encadrés par un lieutenant de louveterie », ce que l’ASPAS et FERUS démentent chacune dans leurs communiqués. La direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) aurait précisé que « Les conditions de ces derniers tirs de prélèvement n'ont pas permis de respecter le quota fixé par arrêté préfectoral ».  Les trois loups, qui évoluaient au sein d'une même meute, ont été tués quasi simultanément. « C'est un fait tout à fait rare. » a précisé Vincent Chery, adjoint au directeur de la DDTM.
 
L'information, diffusée sur les réseaux sociaux, aurait été confirmée par la préfecture du Var, sans que personnellement, je ne trouve trace d’un communiqué.

Laurent Cayrel, préfet du Var, avait pris, le 18 septembre 2014, et pour deux mois, un arrêté  ordonnant la réalisation de trois tirs de prélèvement en vue de la protection contre la prédation du loup des troupeaux domestiques pâturant sur le camp militaire de Canjuers.

Un tout jeune louveteau avait déjà été abattu le 22 septembre à Aiguines lors d’un « tir de prélèvement ».  Le quota du nombre de loups susceptibles d'être « prélevés » dans le Var était donc redescendu à deux.  Après ces trois réalisations supplémentaires et donc au dépassement du quota, la « chasse au loup » a bien évidemment été suspendue jusqu'à nouvel ordre.

Cela porte la 12 le nombre de loups tués depuis le 1er juillet 2014 dans le cadre du Plan National loup qui prévoit un plafond de 24 loups avec possibilité d’en rajouter 12 supplémentaire jusqu’au 30 juin 2015, sans préciser dans quel cas.

Pour l’ASPAS, l’expérimentation de Ségolène Royal tourne à la boucherie

"Ce tableau de chasse sinistre de 3 loups est à compléter par un premier loup abattu en septembre, ce qui porte le total à 4 individus pour 3 autorisés, et place donc les auteurs de ces tirs hors la loi".

L’ASPAS porte plainte pour destruction d’espèce protégée. « La destruction illégale de ce loup a pu être connue cette fois-ci, mais pour combien d’autres abattus discrètement par des chasseurs, au cours de ces battues non encadrées par les services de l’État ? Confier la destruction d’une espèce protégée à des chasseurs est totalement irresponsable… Et c’est l’œuvre d’une ministre de l’Écologie! »

Ces tirs de loups réalisés directement par des chasseurs non encadrés sont en effet permis par un arrêté ministériel du 5 août 2014 pris « pour expérimentation » par Ségolène Royal. Cette « expérimentation » de la ministre vient tristement de faire ses preuves : les chasseurs non encadrés sont incapables de respecter leurs obligations, et les battues ne sont pas un mode de chasse permettant d’assurer le respect des limites fixées. L’ASPAS demande dans un communiqué à Mme Ségolène Royal l’abrogation immédiate de son arrêté.

Pour Ferus, « la chasse au loup est une porte ouverte à toutes les dérives »

L'association estime, dans un communiqué que « Depuis la signature de l’arrêté du 5 août délégant aux chasseurs en battues les opérations de tirs de loups, l’Etat semble avoir dangereusement perdu le contrôle des opérations et de nombreuses dérives sont déjà à déplorer.  La préfecture se défend de toute erreur en indiquant laconiquement que « Les conditions de ces derniers tirs de prélèvement n’ont pas permis de respecter le quota fixé par arrêté préfectoral ».

Pour Ferus,  « le problème vient clairement de l’absence d’agent de l’ONCFS sur le terrain lors de la battue qui puisse vérifier la bonne mise en oeuvre de l’opération. »

L’Association rappele également que « le 30 octobre dans les Alpes Maritimes, un lieutenant de louveterie a été tué par un autre chasseur lors d’une battue. Peu d’informations ont circulé à propos de ce drame et on est en droit de se demander si les conditions de sécurité ont vraiment été respectées car là aussi, aucun agent de l’ONCFS n’était présent » et se demande « combien de loups ont été abattus ou sont morts de leurs blessures suite à un tir sans que l’ONCFS en ait été informé? Qu’est-il advenu de la louve blessée à Roubion le 25 octobre lors d’une battue? Il n’aura fallu que trois mois pour constater que cette expérimentation est d’ores et déjà un échec et qu’il n y a donc pas lieu de la poursuivre. Quand l’Etat se rendra t-il compte que le fait de laisser aux chasseurs la gestion d’une espèce protégée est totalement hasardeux voire irresponsable ? »

Pour FNE, FNE Paca, la LPO et la Frapna : « L'Etat récolte ce qu'il a semé »

"L’expérimentation a fait long feu : avec trois loups abattus hier à Canjuers dans le Var par des chasseurs, le « quota » de dérogation pour destruction d’espèce protégée attribué par le Préfet a déjà été dépassé.

Nos associations avaient pourtant dénoncé l'arrêté interministériel du 5 août dernier donnant la possibilité à des chasseurs de tuer des loups au cours de battues de chasse ou lors de chasse à l'affût dans le cadre d'autorisation de prélèvements, sans aucun encadrement par un agent assermenté.

Non seulement la Ministre ne nous avait pas répondu mais elle avait étendu cet arrêté prétendument expérimental à tous les départements de présence du loup, changeant les règles en pleine consultation publique.

Anticipant ces dérapages bien prévisibles, FNE et la LPO ont fait début septembre un recours en Conseil d'État contre cet arrêté et les dispositions injustifiables qu'il contient au regard du statut de protection de l'espèce. Preuve est malheureusement faite aujourd'hui que ces dispositions ne garantissent pas le respect du cadre dérogatoire, et qu'un nombre indéterminé de loups peuvent être détruits dans une zone sans intervention adéquate d'agents assermentés.

La défense des troupeaux est légitime. A ce titre et en toute responsabilité, nos associations ne se sont pas opposées par principe à toute régulation. La destruction à titre préventif de l’ensemble des loups d’un territoire, voire d’un département, est inacceptable et illégale s'agissant, rappelons-le, d'une espèce protégée. Nos associations en appellent à la responsabilité de la Ministre de l'Écologie pour abroger cet arrêté dangereux et inadéquat. Et à construire enfin une politique responsable conciliant le pastoralisme et la présence des grands prédateurs."

Lire aussi

Note complétée le 15 novembre 2014

Commentaires