Wallonie : diagnostic de la restauration de milieux tourbeux

Le projet LIFE-Lomme, en collaboration avec l'université de Liège, vient de publier une brochure synthétisant l'impact des projets LIFE "tourbières" pour la grande faune sauvage et pour la pratique de la chasse.

Restauration de milieux tourbeux : quelle influence pour la grande faune sauvage et pour la chasse? Un diagnostic pour construire de meilleures synergies entre acteurs des milieux naturels et forestiers.

Diagnostic-milieux-tourbeux-wallonieCes dernières années, les haut-plateaux ardennais ont vu se multiplier de gigantesques travaux signés « PROJET LIFE ». D’où sortent-ils ? Et dans quel but précis investit-on tant de moyens et d’énergie ? Quels sont leurs impacts pour la grande faune sauvage et la chasse ? Leur sont-ils favorables, et sinon comment les rendre favorables ?

Cette brochure tente d’apporter des réponses à ces questions en synthétisant les tenants et aboutissants de tous les projets LIFE s’intéressant aux milieux fagnards des hauts-plateaux ardennais. Six projets sont consacrés à ces milieux en Wallonie, les quatre premiers étant achevés, et les deux derniers toujours en cours:

  • Saint-Hubert (2003 – 2007),
  • Plateaux des Tailles (2006 – 2010),
  • Croix-Scaille (2006 – 2009),
  • Hautes-Fagnes (2007 – 2012),
  • Lomme (2010 – 2014)
  • et Ardenne liégeoise (2012 – 2018).

Les actions de protection et les importants travaux de restauration qu’ils ont initié couvrent désormais pratiquement tous les hauts-plateaux ardennais wallons en assurant la continuité d’un réseau de sites de la frontière française à la frontière allemande.

Objectifs des projets LIFE

Qu'est ce qu'un projet LIFE?

LIFE est un acronyme qui signifie L’Instrument Financier de l’Union européenne pour l’Environnement. Ces moyens financiers sont mis à disposition via la politique environnementale de l’Union européenne (U.E.) pour soutenir des stratégies de conservation de la nature, et très spécifiquement Natura 2000 dans le cadre des LIFE Nature.

C’est principalement sur base de ce soutien, d’un cofinancement par la Wallonie, et d’une participation de différents partenaires ou co-financeurs privés que nos six projets LIFE ont pu voir le jour.

Les moyens financiers

Les six projets LIFE milieux fagnards des hauts-plateaux ardennais représentent un budget total de 21 717 240 euros financés de la manière suivante :

  • 50% par la Commission européenne,
  • 49% par le Service Public de Wallonie
  •  1% par différents partenaires (Conseil cynégétique dans le cas de Saint-Hubert).

30% de ce budget sert à acquérir les terrains ou compenser des pertes de droits (pour sortir de l’emprise de la spéculation sylvicole des propriétaires privés par exemple, voir menaces et solutions plus bas). Le budget total affecté aux projets LIFE par l’U.E dans l’Europe entière s’élève quant à lui à 2,143 milliards d’euros pour la période 2007-2013. C’est la preuve en chiffres que les LIFE milieux fagnards font partie d’une vaste stratégie de restauration et de conservation de la nature à l’échelle de l’U.E.

Synthèse des menaces

Les résineux, la colonisation arborée dans son ensemble et l’envahissement par la molinie constituent les principales menaces des habitats des milieux fagnards des haut-plateaux ardennais. La pression de la grande faune sauvage représente, quant à elle, à la fois une menace et une opportunité. En résumé, parmi les solutions à trouver pour restaurer ces habitats, l’ouverture des milieux et le désenrésinement (élimination des résineux) sont des actions prioritaires.

Les premiers résultats

Plusieurs espèces présentes sur les listes rouges d’espèces menacées montrent une réponse positive sur le plateau de Saint-Hubert et dans les Hautes-Fagnes.

C’est le cas de nombreuses espèces de libellules ou de papillons comme le Nacré de la Canneberge (Boloria aquilonaris). Au niveau des plantes, les lycopodes par exemple sont réapparus, dont le lycopode inondé (Lycopodiella inundata) qui avait disparu des Hautes-Fagnes depuis plus de
40 ans.

Les autres actions entreprises par les projets LIFE milieux fagnards ?

Les principales autres actions entreprises visent surtout directement la restauration hydrique des habitats « objectifs ». Les travaux qu’elles mettent en oeuvre – tels que le bouchage de drains ou la réalisation de digues – nécessitent les moyens logistiques les plus lourds (grues, …).

Ils ont pour mission de faire remonter la nappe phréatique dans les tourbières afin qu’elles accumulent à nouveau de la tourbe.

Les contraintes liées au caractère ouvert des milieux restaurés

Les landes nécessitent une gestion récurrente

Le caractère « secondaire » dit « semi-naturel » des landes les rend dépendantes d’une gestion récurrente, principalement destinée à lutter contre la fermeture du milieu. À défaut de pâturage extensif, de fauche, d’étrépage ou d’écobuage, les milieux se dégradent, principalement victimes de la colonisation par : la molinie, la fougère-aigle, la canche flexueuse, la houlque molle, mais aussi et surtout par les arbres et les arbustes.

Solution polémique : le pâturage extensif

L’objectif est de disposer d’une tondeuse – à moindre coût – afin d’assurer la pérennité des restaurations ciblées. La pression des herbivores sauvages est trop faible et trop sélective pour assurer ce rôle à elle seule. Par ailleurs, les solutions de contrôle de la végétation doivent répondre à certaines conditions fixées par les bailleurs de fond à l’origine des projets (l’U.E. pour partie) : elles doivent être durables (c’est-à-dire fonctionner en autonomie et au moindre coût). C’est pour ces raisons que l’option du pâturage par des races rustiques d’ovins (roux ardennais) ou de bovins (voir d’équins) a largement été retenue.

Témoignage

Gérard Jadoul

« La vision et l’organisation de l’espace forestier est souvent très anthropique. Pour quelles raisons le Cerf privilégierait-il une pessière à une boulaie sur tourbe ? L’organisme du Cerf est prévu pour faire face à la rigueur de l’hiver. Durant la mauvaise saison, si on lui en laisse l’occasion, le Cerf diminue son activité biologique. Les mâles délaissent les hauts plateaux ardennais pour rejoindre leurs quartiers d’hiver situés plus bas en altitude.

Ces quelques observations laissent penser que le nourrissage supplétif du Cerf sur les hauts plateaux et le dérangement humain doivent conjointement être évités, parce qu’ils bouleversent les aptitudes naturelles de l’espèce. Dans le contexte d’une forêt dont la quiétude serait préservée, les forêts feuillues indigènes conviendraient certainement mieux à l’éthologie du Cerf que les pessières. Rappelons que l’épicéa n’a été introduit en Wallonie qu’à partirde 1820 et que les feuillus constituèrent donc pendant des siècles la seule remise des cervidés. »

« Le LIFE St-Hubert et avec lui le Projet de Gestion Intégrée du Massif de Saint-Hubert (PGISH) ont favorisé grandement la création de larges zones de périmètres fermés en période de brame. La construction d’aires de vision a pu servir de donnant-donnant pour le grand public : le respect de la zone fermée et donc de la quiétude se voyant « récompensée » par la mise en place de structure d’accueil de vision ou d’audition du brame. En a résulté un prélèvement des cerfs mâles plus serein pour les chasseurs. Deux miradors ont d’ailleurs été créés sur les budgets du LIFE St-Hubert exactement dans cette optique. Les Chasses de la Couronne en ont créé deux autres sur des sites restaurés par le LIFE. L’actuel accueil du public et son cantonnement en certains endroits est une résultante directe du LIFE. »

Table des matières du document

  • Objet
    • Objectifs des projets LIFE
    • Pourquoi et comment les milieux fagnards des hauts-plateaux ardennais sont-ils visés par les projets LIFE?
  • État des lieux
    • Les habitats visés et les menaces pesant sur ces habitats.
      • Les habitats ouverts des hauts-plateaux : milieux tourbeux, landes humides et landes sèches.
      • Les habitats des forêts feuillues naturelles.
      • Les habitats des fonds de vallées.
    • Principales solutions de restauration apportées par les projets LIFE ayant potentiellement un impact sur la grande faune sauvage et sur la chasse.
    • Les premiers résultats.
  • Influences des projets LIFE-Nature sur la grande faune et sur la chasse
    • L’équilibre « forêt-faune ».
    • Les modifications liées aux projets LIFE.
      • Les différentes modifications des milieux en lien avec les actions entreprises par les projets LIFE.
      • Conversion des peuplements résineux en conditions inadéquates.
      • La mise sous statut de protection.
    • Rapportage des interventions et des interviews des différentes parties prenantes au Colloque « Les projets LIFE, un plus pour la grande faune sauvage ? ».
  • Les bonnes pratiques

Télécharger le document « Influence des projets LIFE pour la grande faune sauvage et la pratique de la chasse » complet.

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Depuis une vingtaine d'années, les projets LIFE Nature ont été mis en place en Wallonie. Parfois sujets aux critiques à de nombreux égards, accusés de diminuer les surfaces résineuses productives ou de maintenir artificiellement des milieux anthropisés avec des financements considérables, l'article apporte des éléments de réponse pour éclairer le débat et répondre à quelques a priori.

Parkinson D., Plunus J., Pironet A. [2014]. Les projets LIFE Nature en Wallonie : réflexions sur quelques idées reçues. Forêt Wallonne 133 : 12-22 (11 p.).

A la Buvette

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