Productivité dans les élevages allaitants

France-agrimerPréambule

Cette note constitue une « synthèse de la synthèse » (sauf l’addendum, et sans reformulation, sauf mention NB) d’un document de FranceAgriMer, incluant plusieurs tableaux et graphiques disponible en fichier pdf.

Introduction

Depuis 2000, le cheptel de brebis français a diminué de 24 %. Sur la même période, la production française d’agneaux issus des filières laitière et allaitante, a reculé d’environ 30 %. La production a donc régressé plus vite que les effectifs. Cet écart est lié à une baisse de productivité de 1 % par an en moyenne, de 2000 à 2013 dans la filière ovin viande.

La productivité des brebis se définit comme le nombre d’agneaux nés par brebis et par an. Elle est un des déterminants de la compétitivité de la filière. Orientée à la baisse, elle a réduit le potentiel de production français, toutes choses égales par ailleurs, fragilisant d’autant l’offre nationale dans un contexte de baisse de la consommation française de viande ovine qui a atteint son niveau le plus bas en 2013, à environ 180.000 tonnes équivalent carcasse (tec) (3,1 kg/hab./an).

Une productivité française en baisse depuis 20 ans

Productivite

La productivité numérique apparente en France est passée de 1,1 agneau produit par brebis en 1990 à 0,66 agneau par brebis en 2013. En 20 ans, elle n’a cessé de reculer avec une période de forte baisse de 1990 à 1999 (- 30 %). Durant cette décennie, la concurrence des autres pays producteurs s’est accrue du fait de :



  • La libéralisation des échanges internationaux suite aux accords du GATT de 1994 a placé la filière française en concurrence accrue avec des pays comme la Nouvelle-Zélande et l’Australie plus compétitifs ce qui s’est traduit par un développement des importations de viande ovine en provenance de ces pays concurrents. Il en est résulté une diminution de la production française d’agneaux (- 6 % entre 1993 et 1995), mais paradoxalement cela n’a pas induit d’amélioration de la productivité moyenne comme on aurait pu s’y attendre (par cessation d’activité des élevages les moins performants).


  • La réforme de la PAC de 1992 et la fin des prix garantis, dont l’une des conséquences fut la variabilité accrue du prix des aliments. Pour diminuer l’impact de cette volatilité, certains éleveurs ont recherché une plus grande autonomie fourragère et ont choisi une conduite moins intensive des cheptels qui a induit une baisse de productivité.



    Par la suite la productivité s’est stabilisée légèrement au-dessus de 0,7 agneau par brebis jusqu’en 2007. Cette année là marque le début de la hausse du prix des matières premières incitant les éleveurs à limiter l’apport d’aliments composés, ce qui a conduit à une baisse du poids des agneaux et à un recul de la prolificité des brebis (moins bon état corporel).



    À cette même période, en 2006, l’OCM unique (Organisation Commune des Marchés) et le découplage partiel de la prime compensatrice ovine sont mis en place. La France maintient une aide couplée à 50 % pour les ovins et les caprins, mais cette réforme de la PAC, qui uniformise les niveaux d’aides pour toutes les filières agricoles, les place en concurrence entres-elles. Ce contexte a accéléré la décapitalisation ovine notamment au profit des productions végétales, devenues plus avantageuses dans les régions spécialisées grandes cultures.



    Depuis 2009, la productivité est restée à son niveau le plus bas, inférieur à 0,7 agneau par brebis, malgré une légère amélioration en 2010-2013. La France est passée à un découplage total de la prime compensatrice ovine lors du bilan de santé de la PAC en 2010. Une prime à la brebis est maintenue, à travers l’article 68, mais n’est soumise à aucune condition sur la productivité et ne constitue pas une incitation à améliorer celle-ci dans les élevages.

Systèmes de production et productivité


Les systèmes extensifs et pastoraux en ovins viandes sont dominants en France et représentent plus de 40 % des exploitations. Cependant, les systèmes intensifs en bergerie et fourrager représentent plus de 20 % des élevages français. Ces systèmes ont une faible autonomie fourragère qui les rend dépendants des évolutions du coût de l’alimentation. Il en résulte que les élevages français sont assez sensibles au coût de l’alimentation et font varier leur consommation de concentrés. Les coûts de l’énergie et des engrais ont également pesé.



L’indice IPAMPA ovin viande (Indice des Prix d'Achat des Moyens de Production Agricole), qui reflète le coût de production, n’a cessé d’augmenter depuis 2005 (NB : stabilisé en 2014). Cette hausse s’explique principalement par la hausse des prix des matières premières végétales et de l’énergie, notamment en 2008 et plus récemment en 2013.

Productivité numérique et pondérale évoluent simultanément

Tout comme la productivité numérique, la productivité pondérale apparente en France suit une tendance décroissante depuis plus de dix ans.


En 2003, une brebis française produisait en moyenne 13,66 kilogrammes d’agneau dans l’année contre 13,01 en 2013, soit une baisse de 650 grammes.


L’évolution de la productivité pondérale apparente est parallèle à celle de la productivité numérique. Elles restent très faibles depuis 2009 à l’exception des années 2010/2011 qui ont été plus favorables (production stable pour un cheptel en baisse). Il n’y a donc pas de compensation d’une baisse du nombre d’agneaux par brebis par une hausse du poids des agneaux.

Ces deux indicateurs évoluent en fait simultanément. Cette baisse de la productivité pondérale n’est pas directement liée à une baisse du poids des agneaux, en effet celui-ci est relativement stable depuis 2000, voire en légère hausse, autour de 17 kg pour les agneaux produits en France et 18 kg pour les agneaux abattus en France. Mais la hausse de presque un kilogramme du poids des agneaux observée de 2000 à 2013 ne contrebalance pas la baisse du nombre d’agneaux produits par brebis. Le nombre d’agneau produit par brebis recule plus vite que la hausse du poids moyen des agneaux d’où une baisse du volume d’agneaux produits par brebis. La productivité pondérale apparaît directement corrélée aux variations de coûts de l’alimentation.

Union européenne : Disparités entre les pays producteurs du Nord et du Sud

Les pays producteurs d’ovins dans l’Union européenne se répartissent entre les pays du nord, plutôt orientés vers la production de viande (Royaume-Uni, Irlande, Allemagne), et les pays du sud plutôt orientés vers la production de lait de brebis (Grèce, Italie, Bulgarie). Trois pays européens ont une production mixte lait/viande : la France, l’Espagne et le Portugal.


Cheptels-europeens

Deux groupes de pays se distinguent, ceux qui ont réussi à stabiliser leur productivité numérique depuis 2005 à l’instar de l’Irlande et du Royaume-Uni et ceux qui ont vu leur productivité chuter, la France, l’Espagne, la Grèce et l’Italie.


Les chutes de productivité les plus fortes concernent les pays à orientation laitière alors que les pays mixtes enregistrent une baisse légèrement plus modérée. Les pays spécialisés en ovins viande dont les systèmes de production sont les plus extensifs (moins de 4 brebis par hectare de surface fourragère) sont également les plus performants. C’est le cas de l’Allemagne, l’Autriche, l’Irlande et le Royaume-Uni. En effet, ce sont les systèmes les plus économes en intrants et donc les moins sujets aux variations de coûts de production qui peuvent impacter la productivité des élevages.


Productivite-numerique-apparenteNB : le document évoque la tendance récente de la productivité numérique dans divers pays d’Europe, mais ne précise pas le niveau de productivité observé dans ces différents pays. Pas de comparaison de productivité, mais seulement d’évolution de productivité. Deux seuls chiffres 2013 sont mentionnés : la productivité en France (0,66) et la productivité en Nouvelle-Zélande (abordée plus bas, 0,96).

Le cas à part de la filière française

La productivité infra systèmes en France semble suivre la tendance inverse de ce que l’on observe à l’échelle européenne : les systèmes de production les plus intensifs bénéficient d’une productivité supérieure.

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette différence :

  • En France, les élevages ovins intensifs, notamment en bâtiment, sont plus favorables à une surveillance efficace au moment de la mise bas. De plus ces éleveurs se sont tournés vers des races moins rustiques et plus prolifiques. Ces élevages restent très sensibles aux prix des concentrés et même si leurs niveaux de productivité sont supérieurs, ils sont les premiers affectés par une hausse des coûts de production, comme en 2008 et 2013.
  • En France, les systèmes extensifs bénéficient de montants d’aide supérieurs à travers l’ICHN (Indemnité Compensatrice du Handicap Naturel), la PHAE, prime à l’herbe, et les DPU « herbe » du premier pilier. Ces aides ne sont soumises à aucune condition sur la production et imposent un taux de chargement maximum. Elles pourraient induire un décrochage entre la production et le revenu perçu par le producteur, n’incitant pas à une amélioration de la productivité dans les systèmes extensifs. Or le poids de ces aides est, historiquement, plus important en France qu’en Irlande et au Royaume-Uni. Cela pourrait expliquer que les systèmes extensifs des autres états membres européens restent dépendants d’une plus grande productivité afin d’assurer un revenu satisfaisant. Le découplage total des aides ovines a été instauré dès 2005 dans les pays anglo-saxons et la tradition libérale a orienté les éleveurs, même les plus extensifs, vers une recherche d’une meilleure productivité sur un marché concurrentiel fort.

Nouvelle Zélande : Des gains de productivité du fait d’un basculement de la production de laine vers la production de viande

Depuis les années 50, la Nouvelle-Zélande opère un glissement de la production de laine vers la production de viande ovine. Suite à l’effondrement du marché de la laine, les producteurs néo-zélandais se sont tournés vers des races plus prolifiques permettant un alourdissement des agneaux et une valorisation bouchère de ces derniers. Cela s’est traduit par une augmentation de la productivité importante au cours des dernières décennies. Conséquence de la fin des aides publiques à l’agriculture dans les années 80, le cheptel de brebis a diminué fortement pour se stabiliser dans les années 2000 aux alentours des 30 millions de brebis. Parallèlement, les éleveurs ont opéré des gains de productivité jusqu’en 2008 pour atteindre 0,95 agneau par brebis en moyenne sur l’ensemble du pays.

De 2009 à 2011, divers aléas climatiques ont affecté la production. En effet, les systèmes d’élevage ovins néo-zélandais sont plus extensifs que les systèmes européens et donc beaucoup plus sensibles aux épisodes de sécheresse notamment. Depuis 2013, la productivité numérique est de nouveau en hausse, en lien avec l’extensification du cheptel suite aux épisodes de décapitalisation. La Nouvelle-Zélande a atteint aujourd’hui (NB : depuis au moins 20 ans) une productivité supérieure à la productivité française (0,96 agneau par brebis en 2013 contre 0,66 en France). La productivité pondérale est aussi en hausse en Nouvelle-Zélande et atteint 17,4 kg d’agneaux produits par brebis en 2013. Cela s’explique par une hausse du poids moyen des agneaux à l’abattage qui est passé de 16,95 kg à 18,13 kg entre 2003 et 2013 du fait à la fois des améliorations génétiques et d’une meilleure gestion de l’alimentation. Les variations de productivité sont liées avant tout au climat et aux disponibilités fourragères. Les tailles de cheptel peuvent être ajustées d’une année sur l’autre.

Conclusion et perspectives pour la productivité de la filière ovine

La productivité de la filière ovine française a d’abord été affectée par la hausse des coûts de production notamment lors de la flambée du prix des matières premières en 2008, et plus récemment en 2013. La filière ovine française est parmi les filières européennes les plus sensibles à la volatilité du prix des intrants du fait de systèmes de production dessaisonnés et fortement dépendants de l’utilisation de concentrés.

Dans l’Union européenne, la France et l’Espagne sont les pays producteurs de viande ovine dont la productivité a le plus diminué depuis 2005. A l’inverse, l’Autriche, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Irlande ont vu leur productivité s’améliorer légèrement au cours des dix dernières années.

Les réformes successives de la PAC allant vers un découplage des aides et une uniformisation des soutiens entre les filières ont accéléré la décapitalisation dans les élevages les plus vulnérables sans que l’on puisse observer de compensation par des gains de productivité chez les producteurs européens restants.

Les causes du recul de la productivité en France sont donc multiples avec des spécificités régionales. La particularité de la filière ovine française étant une forte sensibilité aux coûts de production même dans un contexte favorable de prix à la production élevés.

Addendum

L’aide ovine à partir de 2015, un levier pour accroître la productivité ?

La synthèse de FranceAgriMer reprend l’historique de la productivité dans les élevages ovins, insiste sur « le maintien d’une prime à la brebis soumise à aucune condition sur la productivité » mais n’aborde pas la question des nouvelles modalités d’attribution de cette aide pour la prochaine PAC (2015-2020).

Ces modalités sont exhaustivement décrites dans la notice disponible à ce lien.

Tout d’abord une petite correction sur ce que rapportait la synthèse : il n’est pas tout à fait exact de dire que « le maintien d’une prime à la brebis n’était soumise à aucune condition sur la productivité ». En fait, étaient éligibles à la prime les troupeaux de plus de 50 têtes dont la productivité atteignait au minimum 0,7 agneau produit par brebis et par an. Il ne s’agissait pas d’agneaux commercialisés, mais bien d’agneaux nés sur l’exploitation, quel que soit leur devenir (commercialisation ou renouvellement), mortalité comprise.

Ce qui fait écrire aux techniciens de FranceAgriMer que « le maintien de la prime n’est soumis à aucune condition de productivité », c’est vraisemblablement le fait que ce critère de 0,7 agneau est jugé comme n’étant pas un seuil spécialement inatteignable pour des professionnels…

Conditions d’attribution de l’aide ovine à partir de 2015

L’enveloppe nationale de l’aide ovine s’élève à 125 millions d’€. 3 % de ce montant alimentera le « deuxième pilier » de la PAC. Dans les grandes lignes, les conditions d’octroi sont rassemblées dans le tableau ci-dessous :

  Condition-octroi

Au final, les catégories de majorations étant cumulables, le montant de l’aide ovine peut atteindre 29 €/brebis/an.


Dans le programme précédent, l’aide de base s’élevait à 21 €/brebis, avec une seule majoration possible de 3 €//brebis pour les éleveurs sous contrat de commercialisation ou adhérents à une organisation de producteurs (OP) reconnue. Le montant de l’aide ovine pouvait donc au maximum monter à 24 €/brebis.


A partir de 2015, il sera donc possible, sous conditions fréquemment remplies en zone dite défavorisée, d’atteindre le maximum de 29 €/brebis sans avoir forcément à atteindre le nouveau ratio conditionnel de 0,8 agneau vendu/brebis/an.


Certains syndicats trouvent toutefois qu’il s’agit déjà de critères trop exigeants…



Comme le dit la Chambre d’Agriculture du Limousin « L’essentiel du produit reste bien sûr le nombre d’agneaux vendus !!! »
La productivité des brebis, élément déterminant de la compétitivité de la filière, en sortira t-elle renforcée ?


Nous pouvons nous interroger, comme dirait l’autre..., (NDLB: le pigiste)

 

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