Mortalité des oiseaux nécrophages dans les Pyrénées : du poison et du plomb

VIGILANCE POISON : L’empoisonnement illégal et l’intoxication au plomb sont les principaux facteurs affectant la survie des oiseaux nécrophages dans les Pyrénées (France)

Une étude de Philippe Berny, Lydia Vilagines, Jean-Marc Cugnasse, Olivier Mastain, Jean-Yves Chollet, Guy Joncour, Martine Razin.

Vautour-mortRésumé

Un programme de surveillance spécifique a été mis en œuvre pour suivre les populations d’oiseaux nécrophages des Pyrénées françaises, représentant une forte proportion des populations françaises.

Les deux principaux objectifs de cette étude étaient d’identifier toutes les causes de mortalité et de faire des recherches sur les cas d’empoisonnement. L’ensemble des 170 oiseaux retrouvés morts durant les 7 années de programme ont tous été soumis à une nécropsie complète, des radios, des recherches parasitaires et à des tests de dépistage toxicologique consistants (Inhibiteurs de cholinestérases, rodenticides anticoagulants, insecticides organochlorés, Pb, Cd).

Durant la période d’étude, 8 gypaètes barbus, 120 vautours fauves, 8 vautours percnoptères et 34 milans royaux ont été finalement collectés. Les causes de mortalité étaient souvent multifactorielles, mais:

  • l’empoisonnement était de loin la plus fréquente des causes de mortalité (24,1%),
  • suivi par les percussions/chutes (12%),
  • maladie et dénutrition (8%)
  • et électrocution (6%).

L’usage illégal de pesticides interdits a été identifié comme la plus commune des causes d’empoisonnement (53% de tous les cas d’empoisonnement) et le saturnisme a aussi été identifié comme un problème toxique significatif (17% de tous les cas d’empoisonnement). La signature isotopique peut être associée essentiellement avec les munitions. Enfin, une relation positive entre percussion et exposition au plomb a été détectée, indiquant que le plomb contribue significativement à différentes causes de mortalité.

Ces résultats recommandent vivement de sévères restrictions concernant les munitions à plomb afin d’éviter que les nécrophages ne soit affectés d’expositions préjudiciables.

Introduction

En Europe, les espèces sauvages souffrent d’une pression anthropique sévère, en particulier les espèces prédatrices et nécrophages.

Dans les Pyrénées françaises, les rapaces nécrophages sont majoritairement localisés dans la partie occidentale du massif, où un élevage ovin important est encore pratiqué. Les espèces nécrophages doivent se nourrir de bétail mort et d’ovins, qui constituent une ressource complémentaire à celle issue des ongulés sauvages. Les populations de vautours dans les Pyrénées françaises ont bénéficié à la fois des populations encore bien présentes dans le nord de l’Espagne dans les années 1970 et d’un renforcement des mesures de protection en France (Terrasse, 1992 ; Razin & Bretagnolle, 2002).

La partie centrale des Pyrénées est une barrière naturelle pour tous les oiseaux migrateurs allant en Afrique ou hivernant en Espagne, et la plupart d’entre eux traversent les Pyrénées par des cols sélectionnés (Hilgerloch & al, 1992), constituant d’abondantes ressources alimentaires aux oiseaux de proies durant la migration. Parmi ces espèces, le pigeon ramier Columba palumbus subi une pression de chasse importante durant son passage à travers les Pyrénées (Jean, 1997 ; Rouxel & Czalkowski, 2004). Les corps non ramassés (ainsi que ceux du  gibier local tel que ceux des ongulés sauvages, perdrix, etc.) peut représenter une importante alimentation saisonnière pour les rapaces nécrophages (Cramp & Simmons, 1980 ; Margalida & Bertran, 1997 ; Mateo-Thomas & Olea, 2010 ; Margalida, 2010).

Les oiseaux nécrophages peuvent parfois être perçus comme des espèces « indésirables », à cause de leurs comportements alimentaires et de quelques constats de vautours se nourrissant d’animaux moribonds (Choisy, 2013).  Ils peuvent aussi être les victimes imprévues d’un usage local de poisons destiné à éradiquer des espèces non désirées telles que le Campagnol terrestre ou encore l’Ours brun (Choisy, 2013). En conséquence, des cas d’empoisonnement ont été identifiés depuis 1992 (Berny & Gaillet, 2008) en France chez le Milan royal (Milvus milvus), mais aussi chez le Vautour fauve (Razin, com. pers.) et ceci à débouché sur la mise en œuvre d’un programme de surveillance de la mortalité et de d’identification des causes de mortalité dans le but de proposer des actions de conservation au Gouvernement français responsable de la gestion de programmes de conservation européens. Parallèlement, en Espagne, il est clairement évident que l’empoisonnement illégal et l’exposition au plomb accidentelle provenant des carcasses d’espèces de gibier, sont très fréquents chez les oiseaux nécrophages (y compris chez les espèces de Vautours) (Margalida, 2012 ; Margalida & al, 2013).  Les chiffres pour l’Espagne comprennent au moins 53 gypaètes barbus (Gypaetus barbatus), 366 vautours percnoptères (Neophron percnopterus) et 2877 vautours fauves eurasiens (Gyps fulvus) entre 1990 et 2010 (Margalida, 2012). Il n’y a pas de données de ce type relevées en France.

Les objectifs de l’étude présente étaient de déterminer les causes de mortalité des oiseaux nécrophages des Pyrénées, et en particulier de détecter les expositions toxiques qui pourraient représenter une menace potentielle pour la survie d’oiseaux d’espèces menacées concernées par d’importants programmes de conservation européens.

Télécharger l'étude Vigipoison Publi EES (pdf en anglais) ou la traduction (pdf en français)

par Philippe Berny (a), Lydia Vilagines (b), Jean-Marc Cugnasse (c), Olivier Mastain (d, g), Jean-Yves Chollet (d), Guy Joncour (e), Martine Razin (f).

a)    Vétagro Sup, USC-1233-INRA, Campus vétérinaire, 1 av. Bourgelat, F-69280 Marcy l’étoile, France
b)    Clinique vétérinaire F 09400, Tarascon-sur-Ariège, France
c)    ONCFS Direction des Etudes et de la Recherche, 18 rue Jean Perrin, Actisud, Bâtiment 12, F-31110 Toulouse, France
d)    ONCFS Unité sanitaire de la faune, DER, BP 20. F-78612 Le Perray en Yvelines Cedex, France
e)    Clinique vétérinaire de Callac, 26 rue de Cleumeur, F-22610 Callac de Bretagne, France
f)    Ligue pour la Protection des Oiseaux (Bird Life) – Fonderies Royales 8/10 rue du Dr Pujos, F-17305 Rochefort Cedex, France
g)    Ministère de l’Ecologie, Grande Arche, Tour Pascal A et B, F-92055, Paris La Défense Cedex, France

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