Phoques: apprendre à vivre ensemble

Lettre ouverte sur la présence des phoques

De Monsieur SAILLIOT,
Président de la Fédération du Pas-de-Calais pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique

Aux Pêcheurs de la Canche et de l’Authie
 
Apprendre à vivre ensemble

Phoque-cohabitationCes derniers jours, vous êtes nombreux à contacter la Fédération du Pas-de-Calais pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique afin de nous informer de la présence de phoques sur les cours d’eau Canche et Authie.

Après une prise de contact avec l’association Picardie Nature, association qui étudie le comportement et l’évolution de la population des phoques gris et veaux marins de la baie de Somme, les phoques identifiés ne sont pas en détresse. Ils ne déplaceront donc pas les animaux.

Je comprends tout à fait vos inquiétudes quant à leur présence si loin des côtes notamment avec les remontées de poissons patrimoniaux comme la truite de mer et le saumon. Néanmoins leur présence n’est pas exceptionnelle (et même régulière depuis quelques années) et ne représente pas une menace dans l’immédiat. Dans une précédente interview pour la presse, Laetitia Dupuis, chargée de mission mammifères marins à Picardie Nature confirmait que les phoques ne se déplacent pas à la recherche de poissons mais que leur présence est le résultat de leur curiosité : «  Les phoques trouvent plus facilement de la nourriture dans la mer et s’aventurent dans les terres seulement par curiosité. »(RFI). Ainsi les phoques ont tendance à s’aventurer dans les terres quand ils le peuvent (niveau d’eau assez haut pour pouvoir remonter).

Leur présence en petite quantité ne peut influencer significativement le stock de poissons présent. Nos études de suivis des grands salmonidés font constat d’un stock régulier voire même en augmentation. Opportuniste, le Phoque veau-marin (espèce essentiellement présente sur nos côtes) se nourrit d’une grande variété de poissons sans privilégier telle ou telle espèce. La consommation journalière moyenne de nourriture représente environ 3 % de la masse corporelle de l’individu considéré. Ils privilégient donc les prises « faciles » telles que les truites arc-en-ciel.

Il est nécessaire de rester patient et d’attendre que ces habitants regagnent de leur plein gré les côtes.

Pour rappel, le phoque est une espèce protégée. Toute atteinte à cet animal peut être punie d’une peine d’emprisonnement et de lourdes amendes. Rappelons le cas du pêcheur de Tréport qui a écopé de deux mois de prison avec sursis et d’un an d’interdiction de pêche. Cette décision avait été rendue par le tribunal correctionnel de Dieppe à l’encontre d’un pêcheur de 21 ans, accusé d’avoir tué un phoque veau-marin, une espèce protégée, alors qu’il pêchait dans une zone interdite sur la plage du Tréport. Le jeune homme a par ailleurs été condamné à verser 200 euros d’amende pour « destruction d’espèce protégée » et « pêche dans une zone interdite » et 1 400 euros de dommages et intérêts à trois associations qui s’étaient portées parties civiles, précise le site internet Infonormandie.com.

Restons positifs : la présence de ces mammifères marins est également un bon indicateur biologique : qualité des eaux et présence d’une richesse piscicole.

Enfin rappelons qu’être pêcheur ne signifie pas uniquement tenir une canne à pêche. C’est également apprendre à observer son environnement et à le connaître pour mieux l’appréhender dans sa globalité.

Conscient que ce fait cristallise beaucoup de remarques et d’affirmations parfois infondées et surtout confiant sur l’attitude d’apaisement des pêcheurs au regard des informations apportées, toute l’équipe de la Fédération reste à votre disposition pour toute information complémentaire.
 
Pascal SAILLIOT
Président de la Fédération du Pas-de-Calais pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique

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